Un parcours de gauche
Je viens d’un milieu populaire où la dignité personnelle et le progrès social ne découlent ni de la fortune familiale ni des réseaux sociaux, mais du travail et de l’éducation. J’en ai gardé des convictions ancrées à gauche. Quand Ecolo parle d’émancipation, il le dit aussi à sa manière, et même plus largement que la gauche traditionnelle.
Mes parents : une mère épicière, un père magasinier dans le textile, ils mettront un point d’honneur à payer de bonnes études à leurs trois enfants. Les années 70 transformeront pourtant leurs vies et la mienne : le petit commerce se fait supplanter par la grande distribution, désormais maman travaillera dans un supermarché ; dans le textile, on licencie, concurrence internationale oblige : mon père doit affronter à cinquante ans la perte de reconnaissance que représente le chômage, il bénéficiera des plans de ‘remise au travail’ dans une administration publique.
Malgré ces difficultés, mes frères et moi sommes encouragés à aller à l’université. Ce ne sera possible que grâce à une bourse d’études de la Communauté française complétée d’une aide sociale de l’ULB.
C’est à gauche que me portent mes convictions. L’entrée à l’université me plonge dans les luttes étudiantes contre l’accroissement des droits d’inscription et la diminution des budgets universitaires. J’y côtoie les jeunes communistes dont l’objectif de transformation sociale, l’ouverture dans les alliances et le désintéressement dans l’action me convainquent. Le militantisme communiste entre 1980 et 1988 m’a fait connaître de grandes pointures humaines, sociales et intellectuelles. Elles m’ont appris à défendre des idées de transformation sociale radicale tout en pratiquant de larges alliances sans sectarisme et dans le respect du pluralisme de toute société démocratique. Par beaucoup d’aspects, j’ai retrouvé ce mélange d’utopie et de pragmatisme politique au sein d’Ecolo.
Mes vingt ans ne seront pas seulement marqués par les luttes étudiantes, mais aussi celles pour le désarmement nucléaire, contre le chômage et le tournant néolibéral, pour le droit de vote des étrangers et contre le racisme, pour la solidarité avec les Palestiniens, avec les réfugiés politiques venus des dictatures latino-américaines, avec les dissidents de l’Europe communiste. Membre du bureau de la coordination pluraliste CNAPD, j’y ai appris à pratiquer le pluralisme militant, la construction d’un mouvement social et d’un rapport de forces politiques. Certaines de ces batailles furent gagnées, d’autres non, j’y croisais déjà souvent les militants du jeune parti Ecolo, né en 1981.
Devenu assistant puis professeur de relations internationales à l’ULB, je continue à agir avec les mouvements sociaux pour les enjeux nouveaux des années 90 et 2000, dont certains poursuivent mes engagements antérieurs : la fin des guerres et l’altermondialisme, le soutien aux sans papiers, la défense des services publics (la poste, la culture, l’enseignement), la lutte contre les discriminations, la solidarité internationale (avec les déserteurs yougoslaves, les pacifistes israéliens et palestiniens, les exilés kurdes, les ONG colombiennes, les femmes congolaises). Au travers de l’enseignement, j’essaie de transmettre non seulement des savoirs, mais aussi des enthousiasmes et une ouverture à l’autre. Et par l’expertise au service des mouvements sociaux et associatifs, par les conférences à travers le pays ou les interventions dans les media, de maintenir vivace l’esprit de l’éducation populaire cher à Marcel Hicter, et aussi à ma modeste échelle de contribuer, pour reprendre la phrase de Jacques Yerna, à ‘changer la société sans prendre le pouvoir’.
Si je devais me définir par une couleur, je dirais : gauche arc-en-ciel. Pour concilier les utopies radicales et les pratiques du pluralisme progressiste.
Rien d’étonnant à ce que j’aie croisé, parfois conseillé, les Ecolos et à ce que je me soie retrouvé avec eux dans des manifestations ou des pétitions, y compris au niveau communal. Dès 1988, avec d’autres progressistes de Schaerbeek, j’ai fait campagne pour Ecolo, dans le contexte où la commune était mise en coupe réglée par un personnel politique à la fois affairiste et raciste. Depuis, tous les partis de Schaerbeek ont mis de l’ordre dans leurs rangs et elle respire à nouveau, mais à l’époque, seul Ecolo menait un combat démocratique digne de ce nom. Au-delà de ce cas particulier, Ecolo se révèle un parti qui respecte ses principes, et prouve que l’on peut le faire même en étant présent à certains niveaux de pouvoir.
A Ixelles, où j’habite désormais, j’ai fait campagne pour Ecolo à chaque élection communale, tant il y incarnait la pierre angulaire d’un rassemblement des progressistes face à un MR omniprésent et très conservateur, auquel est malheureusement allié un FDF pieds et poings liés malgré ses accents plus sociaux. Aux communales de 2000, nous y sommes parvenus : un Olivier ixellois a fleuri grâce à la mobilisation pour Ecolo. A contrario, six ans plus tard, la diminution des voix d’Ecolo permettait la remise à flots d’une alliance MR-PS.
Le même enjeu existe pour cette élection cruciale. Voter Ecolo et Groen!, c’est s’assurer d’ancrer le Parlement fédéral dans les choix écologistes bien sûr, mais aussi dans la possibilité d’alliances de progrès pour la formation du prochain gouvernement mais également la garantie d’avoir autour de la table des partenaires désireux de conclure un compromis lors de la grande négociation institutionnelle qui s’annonce.
Eric Remacle



