Pour la paix et la solidarité internationale


Mes vingt ans furent marqués par les luttes étudiantes, mais aussi celles contre le chômage et le tournant néolibéral, pour le droit de vote des étrangers et contre le racisme, pour la solidarité avec les Palestiniens, avec les réfugiés politiques venus des dictatures latino-américaines, avec les dissidents de l’Europe communiste. Certaines de ces batailles furent gagnées, d’autres non, j’y croisai souvent les militants du jeune parti Ecolo, né en 1981.

Un moment fort de ce foisonnement politique sera la mobilisation considérable de la société belge pour le désarmement nucléaire, pour dépasser la guerre froide et le risque de guerre en Europe et ailleurs. De ce pacifisme à la fois utopique dans ses buts mais très politique dans son contenu, je retirerai une expérience militante et associative intense, de l’animation de comités locaux à la participation à la coordination nationale, la CNAPD. J’y apprendrai à pratiquer le pluralisme militant, la construction d’un mouvement social et d’un rapport de forces politiques. Avec ces mobilisations de centaines de milliers de citoyens, nous disions déjà à notre façon ‘Yes we can !’. Et nous le disions dans toute l’Europe.

Sans le savoir, ces convictions allaient forger mon futur métier. Je reçois à la sortie des études la convocation pour le service militaire. mais ‘je ne suis pas venu sur terre pour tuer des pauvres gens’ comme chante Boris Vian. Ce sera donc le statut de l’objecteur de conscience, c’est-à-dire un service civil très mal payé pendant vingt mois (le double du service militaire). Je m’oriente vers un centre de recherche sur la paix indépendant mais militant, le GRIP. J’y resterai six ans comme chercheur sur les questions du désarmement et de la sécurité européenne.

Devenu assistant puis professeur de relations internationales à l’ULB, je continue à agir avec les mouvements sociaux pour les enjeux nouveaux des années 90 et 2000, dont certains poursuivent mes engagements antérieurs : la fin des guerres et l’altermondialisme, le soutien aux sans papiers, la défense des services publics (la poste, la culture, l’enseignement), la lutte contre les discriminations, la solidarité internationale (avec les déserteurs yougoslaves, les pacifistes israéliens et palestiniens, les exilés kurdes, les ONG colombiennes, les femmes congolaises). Petit à petit, j’essaie aussi de convaincre au sein de l’université de l’importance d’insérer dans les programmes de cours les thèmes de la paix et de la citoyenneté. Au travers de l’enseignement, j’essaie de transmettre non seulement des savoirs, mais aussi des enthousiasmes et une ouverture à l’autre. Et par l’expertise au service des mouvements sociaux et associatifs, par les conférences à travers le pays ou les interventions dans les media, de maintenir vivace l’esprit de l’éducation populaire cher à Marcel Hicter, et aussi à ma modeste échelle de contribuer, pour reprendre la phrase de Jacques Yerna, à ‘changer la société sans prendre le pouvoir’.

Aujourd’hui, un nouveau président est arrivé à la Maison Blanche, ses partenaires européens semblent un peu pâlots face à l’enthousiasme qu’il suscite. Ma génération fut celle de l’arrivée au pouvoir de François Mitterrand en France (1981) et de Mikhaïl Gorbatchev en Union soviétique (1985), ce furent d’intenses moments d’espoir et surtout d’action pour la solidarité internationale. Même si tout ne fut pas possible, mais si les personnages politiques ont leurs faces d’ombre comme de lumière, ces temps de changements furent de grands moments de l’histoire. C’est ce que signifie aujourd’hui pour ceux qui ont vingt ans le moment Obama et c’est avec eux que j’espère construire de nouveaux agendas pour la paix, le désarmement, la justice et la solidarité internationales.

Eric Remacle