Investir dans la connaissance


Orienter ma vie vers l’enseignement fut un de mes premiers choix et je le dois à celles et ceux qui furent mes instituteurs et professeurs de lycée et m’enseignèrent cette passion.

Je choisirai en 1978 de devenir professeur de grec et de latin. Philologie classique, un terme qui semblerait désuet dans notre société utilitariste, et pourtant une remarquable école de culture, de rigueur et d’humanisme.

Les quelques mois passés dans l’enseignement secondaire resteront d’ailleurs une des belles expériences de ma vie. Car à l’époque, les jeunes gens devaient encore faire un service militaire. Je reçois à la sortie des études la convocation pour le service militaire. mais ‘je ne suis pas venu sur terre pour tuer des pauvres gens’ comme chante Boris Vian. Ce sera donc le statut de l’objecteur de conscience, c’est-à-dire un service civil très mal payé pendant vingt mois (le double du service militaire). Passionné par les actions pour la paix et le désarmement, je m’oriente vers un centre de recherche sur la paix indépendant mais militant, le GRIP.

Voilà comment le jeune professeur de latin est devenu chercheur sur le désarmement et de la sécurité européenne. En 1992, je deviens assistant en science politique à l’ULB et quatre ans plus tard, j’y deviens professeur de relations internationales

Au travers de l’enseignement, j’essaie de transmettre non seulement des savoirs, mais aussi des enthousiasmes et une ouverture à l’autre. Pas question d’endoctriner mes étudiants, leur indépendance de jugement me tient trop à cœur. Mais pas de fausse neutralité non plus, les enseignants ont pour fonction première de tracer une voie.

Par l’expertise au service des mouvements sociaux et associatifs, par les conférences à travers le pays ou les interventions dans les media, j’essaie de maintenir vivace l’esprit de l’éducation populaire cher à Marcel Hicter, et aussi à ma modeste échelle de contribuer, pour reprendre la phrase de Jacques Yerna, à ‘changer la société sans prendre le pouvoir’.

Depuis une dizaine d’années, l’université occupe une part notable de mon activité car, dans une telle entreprise, les journées de travail ne s’arrêtent jamais vraiment, tant s’y entremêlent l’enseignement, la recherche, la culture, les enjeux de société. J’y ai exercé diverses responsabilités (directeur de l’Institut d’Etudes européennes, fondateur d’une Chaire d’études sur la paix et la citoyenneté, président du département de science politique, membre du conseil d’administration), mais là n’est pas l’essentiel.

Ce qui compte c’est de maintenir vivante une certaine conception de la place de l’enseignement dans la société, que ce soit au niveau du primaire, du secondaire ou du supérieur. Les mots de ‘service public’ prennent tout leur sens ici. Échapper aux tentations de la marchandisation, redresser le niveau des budgets dédiés à l’enseignement, reconnaître les apports de tous ceux qui y travaillent, tendre à la gratuité des études, voilà autant de balises pour une politique responsable de la Région bruxelloise et de la Communauté française Wallonie-Bruxelles. Notre avenir dépendra largement de la capacité à développer un enseignement de qualité et une recherche dynamique. Ecolo me semble le parti qui a le plus pris la mesure de ces enjeux.

La dignité d’une société se mesure à sa capacité à investir dans la connaissance.

Eric Remacle