Coups de Gueule
Ali le Chimique pendu…et Donald Rumsfeld ? (février 2010)
Ali Hassan al-Majid, dit ‘Ali le Chimique’ a été condamné à mort lundi dernier par un tribunal irakien et l’exécution par pendaison a eu lieu dans les heures suivantes. Principaux chefs d’accusation : les déportations massives et assassinats de près de 180.000 Kurdes irakiens à la fin de la guerre Iran-Irak (opération Anfal), le gazage de 5.000 d’entre eux dans le village d’Halabja en 1988, ainsi que la répression du soulèvement des chiites au sud de l’Irak en 1991, après la fin de la première guerre contre les Etats-Unis et leurs alliés.
On ne commentera pas ici le maintien de la peine de mort dans le code pénal irakien, ni l’ampleur des crimes de guerre commis par l’inculpé (sa ligne de défense indiquant qu’il s’agissait d’agents iraniens dans le contexte de la guerre entre les deux pays ne tenait guère la route face aux principes du droit de la guerre).
Ce qui en revanche n’a guère été souligné, c’est que, pour l’un au moins des huit chefs d’accusation requérant la peine de mort aux yeux du procureur, celui du gazage des Kurdes à Halabja, ‘Ali le Chimique’ avait un complice de premier plan : le gouvernement des Etats-Unis qui l’a fourni en précurseurs chimiques destinés à l’emploi sur le champ de bataille, mais aussi employés dans les obus largués sur Halabja et d’autres villages kurdes en 1988. C’est ni plus ni moins que l’envoyé spécial au Moyen-Orient de Ronald Reagan, un certain Donald Rumsfeld, qui rétablit en 1984 les relations américano-irakiennes, y compris par des livraisons d’armes massives. Le même qui fit tout, comme secrétaire à la Défense en 2003, pour nous débarrasser de ses anciens amis irakiens, notamment au nom du risque représenté par les armes de destruction massive… Avec les exécutions de Saddam Hussein et d’Ali Hassan al-Majid, le nombre de témoins gênants pour Monsieur Rumsfeld se réduit et avec eux le risque qu’un jour il se voie lui aussi traîné en justice.
Dans l’intervalle il se porte bien merci, depuis son éviction du gouvernement américain en 2006, il a écrit ses mémoires, créé sa fondation et est retourné dans certaines des différentes grandes entreprises dont il a brillamment défendu les intérêts depuis quarante ans.
Rappelons ici les hauts faits de sa carrière ‘corporate’ : les équipementiers et spécialistes en armements et industries extractives Bechtel et Carlyle Group (contractants pour le Pentagone et pour de juteux contrats pétroliers en Irak), les industries pharmaceutiques Searle, Monsanto, et Amylin, la firme helvéto-suédoise ABB, le roi de l’agro-alimentaire Kellogg, General Instrument Corporation pionnière dans la télévision à haute définition, ou Gilead Sciences, propriétaire du brevet du fameux antigrippe Tamiflu – une belle source de revenus cette dernière année ! En 1974 déjà, après avoir fait autoriser l’aspartame par la Food and Drug Administration, en tant que secrétaire général de la Maison Blanche de Richard Nixon, Donald Rumsfeld devint directeur de la société G. D. Searle & Company qui assurait la production de cet édulcorant. Searle fut ensuite absorbé par Monsanto, un autre bienfaiteur de l’humanité, qui avait livré l’agent orange aux USA pendant la guerre du Vietnam. On en viendrait à considérer ‘Ali le Chimique’ comme un triste amateur face à Donald Rumsfeld !…
Lady Ashton ne commence pas si mal que cela ! (janvier 2010)
Il est de bon ton dans les milieux européens de Bruxelles de lancer une multitude de flèches acérées contre les nouveaux dirigeants entrant en fonction à la Commission européenne, au Parlement ou au Conseil européens. La nouvelle Haute Représentante pour les Affaires étrangères et Vice-Présidente de la Commission européenne représentait une cible de choix en l’espèce vu l’ampleur des attentes placées sur cette fonction spécialement créée par le traité de Lisbonne pour doper la cohérence interne et la visibilité externe de la politique étrangère de l’Union.
La fonction elle-même mérite d’ailleurs des critiques acerbes, puisqu’elle combine deux ordres de légitimité politique, sans que l’on ne comprenne bien comment ceux-ci s’agenceront dans l’optique d’une démocratie européenne bien comprise. D’un côté, comme Haute Représentante, Catherine Ashton a été désignée en octobre dernier de manière non transparente par les 27 chefs d’Etat et de gouvernement dans le cadre du grand marchandage qui conduisit également au choix d’Herman Van Rompuy. De l’autre, comme Vice-Présidente de la Commission, elle est soumise aux auditions du Parlement européen et n’entre en fonction qu’au moment où l’ensemble de la Commission est investie par le Parlement. De même, une moitié d’elle peut être démise par un vote de défiance de la Commission par le Parlement, tandis que l’autre moitié ne dépend que du bon vouloir du Conseil européen. Etrange schizophrénie institutionnelle !
En revanche, la personne de Catherine Ashton se révèle fort respectable. Issue du service public britannique, elle en a défendu l’excellence dans le domaine hospitalier. Faite Baronne, et par là même membre de la Chambre des Lords, sur le quota des promotions attribuées au Premier Ministre, elle a présidé à la ratification du traité de Lisbonne par les Lords, avant d’être envoyée à la Commission européenne pour achever le mandat de Commissaire au Commerce extérieur laissé vacant par Peter Mandelson. Au sein de la Commission, beaucoup considèrent qu’elle fut davantage efficace en un an que son flamboyant prédécesseur durant les quatre années précédentes…
Le tremblement de terre en Haïti a constitué un premier test pour Catherine Ashton. Même si l’aide d’urgence et le développement ne relèvent pas de sa compétence au sein de la nouvelle Commission, ni de l’ancienne, l’importance politique du dossier est évidente et l’engage comme Haute Représentante et comme coordinatrice de l’action extérieure de l’Union. On l’attendait d’autant plus au tournant que les Etats-Unis n’ont pas fait mystère de l’importance qu’ils attribuent à l’intervention internationale en Haïti. La commission Développement du Parlement européen, présidée par l’écologiste Eva Joly, n’a pas manqué d’épingler le peu de visibilité donnée à l’Europe dans la communication de Catherine Ashton. Laissant au Commissaire sortant au Développement Karel De Gucht le soin de se rendre sur place, la Haute Représentante osa préciser qu’elle ne voyait pas l’utilité qu’elle aurait sur place, n’étant ni médecin ni pompier.
Le style n’est en effet pas flamboyant (on n’imagine pas ce qu’eût été celui d’un autre ancien prétendant pour ce poste Bernard Kouchner !), mais c’est précisément ce qui fait HONNEUR à Catherine Ashton. Elle a compris que, dans les jours qui suivent un tremblement de terre, ce ne sont pas les politiciens, les journalistes ou les people qui ont la priorité de l’intervention extérieure, mais les professions qui peuvent vraiment faire face aux conséquences immédiates de la catastrophe. L’ancien président de MSF Rony Brauman vient précisément de fustiger le gouvernement américain pour avoir privilégié le côté médiatique aux véritables urgences lors des premiers jours de son intervention en Haïti. Ce sont des vies qui sont en jeu à un tel moment et le tapage médiatique en met de nombreuses en péril car il ralentit l’arrivée des secours eux-mêmes. Le constat en avait déjà été fait au lendemain du tsunami asiatique, notamment par le même Rony Brauman, mais apparemment peu de politiques en ont tiré la leçon, eux qui mobilisèrent qui un Falcon qui une frégate pour arriver à temps pour la sordide photo au cœur du drame.
Chapeau à Lady Ashton pour avoir choisi une approche plus conforme aux intérêts des Haïtiens et moins utile à sa propre promotion ! Il est dommage qu’Eva Joly, une femme de caractère et indépendante elle aussi, ait manqué cette occasion d’engager un dialogue sur ce thème-là. Tant Haïti que l’Europe y auraient gagné.
Pascal Smet, ministre de quelle mobilité ? (juin 2009)
Ces derniers jours, le ministre régional SP.a de la mobilité Pascal Smet se présente sur divers sites web comme le champion du vélo et drague ouvertement les cyclistes francophones bruxellois en demandant leur soutien pour empêcher le Vlaams Belang et la Lijst De Decker d’avoir la majorité des sièges flamands à Bruxelles. Ce qui dérangerait surtout lesieur Smet c’est de voir l’Open VLD passer devant lui et lui rafler son maroquin de la mobilité. Donc, si vraiment vous tenez à soutenir un parti de gauche flamand en pointe sur le vélo et l’écologie, le vrai choix c’est Groen ! C’est celui que j’avais fait il y a cinq ans quand ce parti était menacé de disparaître de la carte bruxelloise…
Mais le vrai enjeu au travers de cette campagne de Pascal Smet, c’est bien d’aller chercher des voix de cyclistes en se présentant comme le champion des pistes cyclables. Comme avant lui l’ex-CDH/CDF Dominique Harmel, il cherche à se faire passer pour ce qu’il n’est pas. Un petit tour médiatique en bicyclette au centre ville en début de législature fut sa principale contribution à la découverte du vélo en ville. L’homme est un champion de la com’ mais qu’en est-il dans les faits ? Pourquoi lorsqu’il diffuse des infos sur le vélo, ne reprend-il pas l’élémentaire, c’est-à-dire les indications sur la bonne manière de sécuriser ce dernier et d’éviter de se prendre un bus ou une porte de voiture dans la figure ? Les associations de cyclistes ne sont guère dupes (voir www.gracq.org) mais certains citoyens isolés pourraient se faire prendre au jeu de la propagande.
Peut-être serait-il temps que Pascal Smet lève le voile sur la politique globale de mobilité qu’il promeut plutôt que d’utiliser le vélo comme gadget électoral. Pourquoi cache-t-il aux électeurs qu’il est partisan de l’élargissement du ring nord, voulu par le ministre-président flamand Kris Peeters pour drainer davantage de navetteurs en voiture vers Bruxelles ? Pourquoi n’assume-t-il jamais le bilan de la STIB, alors qu’il en est le ministre de tutelle ? Les conducteurs en colère devant la flexibilité de leur horaire de travail et les usagers furieux face aux ruptures de charge et à la saturation de l’axe nord-midi seraient pourtant heureux d’entendre comment il va répondre à leurs préoccupations. C’est un peu Dr. Smet et Mr Bike onze minister, our minister, notre ministre…..
La Belgique laissera-t-elle encore longtemps financer les armes de destruction massive ? (juin 2009)
En 2007 le Parlement belge, à l’initiative de plusieurs sénateurs dont le socialiste Philippe Mahoux, pouvait s’honorer d’être le premier au monde à adopter une législation interdisant les investissements financiers dans les mines antipersonnel, les bombes à fragmentation et les bombes à uranium appauvri.
Plusieurs groupes financiers présents en Belgique sont concernés par ces pratiques (Dexia, Axa, Fortis, Banque De Groof…). Rien de vraiment surprenant à ce scandale morbide : après l’éclatement de la bulle Internet et les attentats du 11 septembre, le secteur de l’armement est devenu une valeur-refuge pour les investisseurs.
La nouvelle législation allait mettre, espérions-nous, un peu d’éthique dans ce bain de sang. Que nenni ! Depuis deux ans les arrêtés d’application se font toujours attendre. De qui dépendent-ils ? Du ministre des Finances Didier Reynders. Il serait plus que temps que les sénateurs de son parti lui demandent collectivement d’appliquer la loi. Dans une démocratie qui se respecte, le gouvernement exécute ce que décide le parlement. Enfin…si j’ai bien compris mes cours de science politique…
Je ne peux pas m’empêcher de repenser à Vincent, militant pacifiste et ami de ma jeunesse, fauché il y a quinze ans en Irak où il agissait pour Handicap International au service des victimes de ces mines antipersonnel. C’est sa mémoire que l’on salit ainsi et celle des millions de civils, d’enfants, de femmes, de paysans, de vieillards au Cambodge, en Angola, en Yougoslavie, celle de ces jeunes soldats américains qui sont revenus d’Afghanistan, du Kosovo ou d’Irak irradiés par l’uranium appauvri et que l’on traite avec mépris dans des hôpitaux lamentables. Elles sont là les armes de destruction massive et nous avons les moyens d’en éradiquer le financement.
Le don du sang interdit à vous et moi…. (mai 2009)
Depuis vingt-cinq ans, l’on connaît les sources de la transmission du virus HIV (sperme et sang).
On sait aussi que la prévention n’est possible que si l’on refuse la stigmatisation de soi-disant ‘groupes à risque’ (homosexuels, prostitué-es, toxicomanes) car on ne ferait que les enfoncer dans l’anonymat et la maladie.
C’est en revanche sur les comportements à risque (absence d’usage du préservatif en particulier en cas de relations à multiples partenaires, échange de seringues usagées) qu’il s’agit de focaliser la prévention par une responsabilisation de chacun-e, une offre de dépistages volontaires sur les lieux où ces conduites peuvent se produire et une information sans relâche.
On le sait depuis vingt-cinq ans mais cela n’empêche pas les autorités belges d’encore et toujours interdire aujourd’hui le don du sang aux homosexuels. Dans le questionnaire à remplir par chaque candidat donneur revient une question demandant de préciser son orientation sexuelle. Si l’on est homosexuel, on se voit refuser automatiquement le droit de donner du sang.
Bref la Belgique stigmatise ouvertement un groupe de citoyens pour leur orientation sexuelle en les classant comme ‘groupe à risque’ plutôt que de mettre en garde contre les comportements à risque et de proposer un suivi et un dépistage volontaire sur cette base.
Depuis plusieurs années, les associations LGBT font pression sur les ministres fédéraux successifs de la Santé (aujourd’hui Laurette Onkelinx, hier Rudy Demotte) pour modifier ce scandaleux règlement du don du sang. Nous diront-ils bientôt – à l’image de Benoît XVI Ratzinger – que la cause du SIDA, ce sont les victimes elles-mêmes ?
Ah ! oui, j’allais oublier de vous le rappeler, le 17 mai c’est la journée internationale contre l’homophobie.



