Coups de Coeur


En hommage à Howard Zinn, disparu le 25 janvier 2010, ce beau texte de Bob Herbert publié dans le New York Times du 30 janvier dernier  (traduction E.R.):

Un trésor de radicalité

Je déjeunais avec Howard Zinn il y a à peine quelques semaines et j’ai rarement eu autant de plaisir à parler de tant de questions qui se révélaient sans surprise très déplaisantes : l’état désolant du gouvernement et de la politique aux Etats-Unis, le caractère tragiquement illusoire de notre escalade en Afghanistan, la souffrance des travailleurs dans une économie tournée vers le profit des riches et des puissants.

Mr. Zinn pouvait parler de tout cela et de bien davantage sans perdre son sens de l’humour. Il était un historien avec un grand sourire engageant qui semblait ne jamais le quitter. Sa mort cette semaine à l’âge de 87 ans constitue une perte à laquelle on aimerait voir prêter davantage d’attention par une presse qui dédie une quantité anormale de son temps à des commentaires sans intérêt sur les vies de Tiger Woods ou John Edwards.

Mr. Zinn était attristé par le présent état des choses mais pas résigné le moins du monde. “S’il doit y avoir un changement, un vrai changement,” disait-il, “il se fraiera un chemin depuis la base, depuis les gens eux-mêmes. C’est comme cela qu’arrive le changement”.

Nous étions dans un restaurant au Warwick Hotel de Manhattan. Il y avait aussi Anthony Arnove, qui a collaboré étroitement avec Mr. Zinn ces dernières années en particulier pour son dernier grand projet, “The People Speak” (Le Peuple Parle). C’est un film dans lequel des artistes très connus donnent vie aux paroles inspiratrices de citoyens de la rue dont les combats ont conduit à certaines des plus grandes transformations de l’histoire de cette nation. Imaginez la liste : ceux qui rejoignirent – et parfois dirigèrent – le mouvement abolitionniste (de l’esclavage, ndt), le mouvement ouvrier, le mouvement des droits civils, la révolution féministe, le mouvement des droits des homosexuels, etc.

Imaginez ce qu’aurait été ce pays si ces gens ordinaires n’avaient jamais lutté avec détermination, parfois jusqu’à la mort, pour ce en quoi ils croyaient. Mr. Zinn les appelle “ les gens qui ont apporté à ce pays la liberté et la démocratie dont nous bénéficions”.

Notre tendance est à leur rendre trop brièvement hommage, tout comme nous rendons trop peu hommage à Howard Zinn. Dans l’époque dans laquelle nous vivons, il est par exemple de bon ton de se moquer des syndicats et des féministes même quand les travailleurs sont traités comme des déchets dans ce pays et quand la culture charrie tellement de sexisme que la plupart ne s’en rendent même plus compte. (…)

Je me suis toujours demandé pourquoi Howard Zinn était considéré comme un radical. (Il se qualifiait lui-même de radical). Il était un homme d’une droiture remarquable qui se considérait obligé de mettre en cause l’injustice où qu’elle se trouve. Qu’y avait-il de si radical dans le fait de penser que les travailleurs ont droit à une rétribution correcte de leur travail, que les compagnies privées ont trop de pouvoir sur nos vies et beaucoup trop d’influence sur le gouvernement, que les guerres sont tellement destructrices qu’il est impératif de chercher des alternatives à la guerre, que les noirs et les autres minorités ethniques doivent avoir les mêmes droits que les blancs, que les intérêts des puissants dirigeants politiques et des élites économiques ne sont pas les mêmes que ceux des gens ordinaires qui se battent semaine après semaine pour joindre les deux bouts ?

Mr. Zinn s’est souvent attaché à gratter la surface trop rose de l’histoire américaine officielle pour en révéler la sordide arrière-scène trop longtemps dissimulée. Quand il écrit à propos d’Andrew Jackson dans son fameux livre “A People’s History of the United States”, publié en 1980 (traduction française Une Histoire populaire des Etats-Unis, aux Editions Agone, ndt), Mr. Zinn dit: “Si vous parcourez les manuels de lycée et d’école primaire sur l’histoire des Etats-Unis, on vous présentera Andrew Jackson comme un homme de l’épopée de l’ouest, un soldat, un démocrate, un homme du peuple, jamais comme Jackson le propriétaire d’esclaves, le propriétaire terrien spéculateur, l’exécuteur de soldats dissidents, l’exterminateur des Indiens ».

Radical ? Si peu.

Mr. Zinn protestait pacifiquement pour les questions importantes auxquelles il croyait – la ségrégation raciale, par exemple, ou la guerre du Vietnam — et parfois il était battu et arrêté pour cela. C’était un homme d’une trempe exceptionnelle qui avait trimé dur comme gamin à Brooklyn durant la Dépression. Il avait été pilote de bombardier durant la Seconde Guerre mondiale et cette expérience de l’horreur totale de la guerre l’ancra toute sa vie dans la conviction qu’il faut trouver des solutions pacifiques aux conflits.

Il avait une merveilleuse famille qu’il chérissait. Lui et sa femme Roslyn, que tous appelaient Roz, s’étaient mariés en 1944 et restèrent inséparables pendant plus de six décennies jusqu’à sa mort à elle en 2008. Elle était une activiste elle aussi et la relectrice d’Howard. « Je ne montrerais jamais mon travail à quelqu’un d’autre qu’elle », disait-il. Ils avaient deux enfants et cinq petits-enfants.

Mr. Zinn était à Santa Monica cette semaine, se reposant d’une année intense de travail et de voyage, quand son cœur le lâcha définitivement mercredi dernier. Il était un trésor et une inspiration. Qu’on ait pu le qualifier de radical nous en apprend davantage sur notre société que sur lui-même.

(Bob Herbert, « A Radical Treasure », texte publié dans le New York Times du 30 janvier 2010, page A23, texte original disponible sur http://www.nytimes.com/2010/01/30/opinion/30herbert.html?emc=eta1)

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Vandana Shiva:

Vandana Shiva, une militante altermondialiste de l’Inde qui a reçu à l’ULB la Chaire Bernheim Paix & Citoyenneté en 2005/2006. Ce fut un grand honneur de l’accueillir pour notre colloque sur Les Sciences face au défi de la paix et de la citoyenneté en novembre 2005. Physicienne de formation, fondatrice d’une fondation pour une science au service des citoyens, Vandana est une militante infatigable des causes qui relient les citoyens, les scientifiques et les travailleurs du Nord et du Sud, une participante de tous les Forums sociaux mondiaux. Elle se bat pour une agriculture et une alimentation non industrielles dans sa région, le nord de l’Inde. Frappée par les suicides de milliers de paysans indiens face à l’expansion des cultures OGM elle tente de renverser la tendance. Non par passéisme anti-technologie mais parce que les OGM permettent un contrôle de la chaîne alimentaire, un monopole des semences et un brevetage du vivant par des puissances industrielles qui n’ont rien à voir avec le tissu social local de son pays. Amie de l’ancienne ministre belge de la Santé Magda Aelvoet (Groen !), Vandana Shiva nous a entretenus des mouvements de citoyens et de paysans dans ces luttes de tous les jours. La preuve que les sciences dites exactes et les sciences dites humaines peuvent apprendre à se parler quand les grands enjeux de société sont en cause.

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Anibal Ibarra:

Anibal Ibarra, lui aussi candidat aux élections de juin 2009…en Argentine. J’ai eu la chance d’animer un débat avec lui en mars dernier à Bruxelles sur le thème des gauches en Amérique latine. Il a dirigé la région de Buenos Aires (10 millions d’habitants) et représente les courants de gauche qui se sont alliés avec Cristina et Nestor Kirchner et les poussent à reconnaître les nouveaux mouvements sociaux, les droits des travailleurs, les réalités des grandes villes de l’Argentine. Il me disait qu’il y a encore peu de mouvements écologistes en Argentine et pourtant c’est l’enjeu du futur. Aujourd’hui 60 % des terres cultivables sont plantées en OGM de Monsanto en Argentine (voir les édifiants documentaires de Marie-Monique Robin sur Arte). Demain c’est l’écologie politique qui irriguera la gauche latino sur les combats du 21e siècle. Anibal en sera, c’est pourquoi je suis à ses côtés !

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