JEUNESSE-ENSEIGNEMENT : UNE QUESTION DE ResPACT
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JEUNESSE-ENSEIGNEMENT : UNE QUESTION DE ResPACT
2-3 mai 2009
Par Éric Remacle
‘La grandeur d’une civilisation se mesure à sa capacité à écouter sa jeunesse’, disait un philosophe. La phrase résonne avec d’autant plus d’actualité que le siècle qui s’ouvre voit la jeune génération confrontée à une crise globale : environnementale, financière, sociale, culturelle.
Ceux qui sont nés au siècle précédent ont pour responsabilité d’entendre les demandes face à cette crise, de tracer des pistes pour opérer les transformations qui répondront à la crise et mobiliseront les générations futures. C’est évidemment le sens du ‘New Deal’ vert proposé par Ecolo à l’occasion du 1er mai. La date en soi mérite le détour : elle invite à penser le développement durable comme nouveau chantier des luttes sociales, à mettre en place l’alliance de tous les producteurs, travailleurs intellectuels et manuels ou créateurs d’entreprises, des consommateurs, des forces de la culture et de la jeunesse, pour un nouveau contrat social. Chaque demi-siècle a vu, en raison de profonds changements socio-économiques, des luttes sociales mener à un tel contrat de société : autour de la démocratie représentative et de l’Etat de droit au début du siècle dernier ; autour de la sécurité sociale et de l’intervention de l’Etat dans l’économie après 1945 ; et aujourd’hui autour d’un développement durable créateur d’emplois et porteur d’une émancipation pour tous.
L’enjeu de la jeunesse et de l’enseignement s’inscrit au cœur de ce projet de société du développement durable (voir www.ecoloj.be). Sur ce plan, les écologistes ne sont pas seuls. A lire le mémorandum envoyé aux partis politiques par le Conseil de la jeunesse d’expression française (www.cjef.be), ainsi que celui réalisé conjointement avec les conseils de la jeunesse flamand et germanophone pour les élections européennes, on peut constater que la nécessité de penser le développement durable constitue le leitmotiv de la nouvelle génération. C’est un message qu’il faudra entendre et répercuter.
Comme le soulignait le vice-président du CJEF Geoffroy Carly dans un débat qui nous a récemment réunis à l’initiative d’ecolo j, une politique de la jeunesse, ce n’est pas seulement un catalogue de mesures ‘jeunes’ ou de recommandations relatives aux subsides destinés aux organisations de jeunesse. C’est bien plus que cela une réflexion transversale, dans tous les secteurs de la société et dans toutes les politiques de l’Etat (des Communautés, des Régions, de l’Europe), sur la manière de répondre aux questions et revendications des jeunes. Ce qui est en jeu, c’est le développement durable, mais aussi l’emploi, l’éducation, l’aide à la jeunesse, l’enfance, la culture, les organisations de jeunesse. Cette transversalité, c’est le moyen d’éviter quatre travers dans l’approche de la jeunesse. Celui, tout d’abord, de l’instrumentalisation des jeunes comme simple courroie de transmission des projets de tel ou tel ministre, tel ou tel parti. Ensuite, le confinement les jeunes dans un bac à sable, un ‘ghetto jeune’ où l’on s’entre-déchire pour quelques subsides sans porter de voix politique. En troisième lieu, la vision des jeunes comme purs consommateurs (un récent projet de ‘Carte Jeunes’ semble par exemple refléter une telle tendance). Et enfin celui – remis au goût du jour après le meurtre de Jo Van Holsbeek – d’une vision des jeunes comme menace pour la société, comme sauvageons turbulents à discipliner.
Or la jeunesse c’est d’abord un potentiel de transformations, de propositions, de projection dans l’avenir. C’est l’annonce de la société qui vient. Une société qui devrait être moins enserrée dans le carcan des piliers historiques de la Belgique (socialiste, catholique, libéral) qui conditionnent quasiment toute l’organisation de la société civile. Dé-pilariser la Wallonie et Bruxelles, cela peut permettre de redonner de l’oxygène à tous les niveaux, de stimuler de nouveaux projets. Mais à deux conditions : d’une part, que des moyens suffisants soient apportés ; d’autre part, que l’on ne casse pas purement et simplement ces extraordinaires outils de solidarité que sont les syndicats, les mutuelles, les organisations de femmes, de jeunesse, d’éducation permanente. Il faudra au contraire les repenser pour les adapter au nouveau siècle, les dynamiser, les fusionner parfois, leur redonner des couleurs tout en les décolorant des partis qui les ont trop instrumentalisés. C’est d’ailleurs ce qu’à sa manière le CJEF a tenté de concrétiser récemment en se transformant en une nouvelle organisation incluant à la fois des organisations, mais aussi des délégués jeunes élus, afin de décloisonner davantage les frontières entre organisations et de représenter mieux les ‘non-organisés’. En bref, le tissu social doit redevenir la propriété de la société civile elle-même, dans sa diversité.
C’est bien d’un projet émancipateur que nous avons besoin, d’un projet de refondation tourné vers l’avenir. Pour Ecolo, cela veut dire par exemple envisager sereinement la possibilité du droit de vote à seize ans, le développement d’une vraie démocratie participative à tous les niveaux, l’adoption de mesures permettant aux jeunes d’entrer dans la vie sociale et active telle la transformation du ‘stage d’attente’ non payé de l’ONEm en un premier emploi rémunéré par les Communautés et Régions dans une optique de service à la société. Et cela inclut aussi le renforcement des possibilités de mobilité à faible coût, l’accès au logement et l’accès aux études supérieures.
ResPACT
Les études supérieures coûtent en effet de plus en plus cher pour la nouvelle génération et, contrairement aux idées reçues, les 150.000 étudiants du supérieur sont loin d’être tous et toutes des enfants de familles aisées. Ce n’est en tout cas pas avec de tels stéréotypes que l’on ouvrira davantage les universités et les hautes écoles aux enfants des familles populaires ! Selon une enquête de la Fédération des étudiants francophones (www.fef.be) auprès de 5.000 étudiants en Communauté française, les études supérieures coûtent entre 6.000 et 10.000 EUR par an, selon que l’on soit ou non ‘kotteur’.
Or depuis 1983, la Belgique a ratifié le Pacte de New York sur les droits économiques, sociaux et culturels, dont l’article 13 insiste sur ‘l’accès à tous en pleine égalité’ à l’enseignement supérieur, notamment par ‘l’instauration progressive de la gratuité’. Nous en sommes bien loin et les nombreuses réunions des ministres de l’enseignement supérieur consacrées à l’harmonisation dite de Bologne se sont à foison penchées sur les cursus ou la mobilité, mais jamais sur le coût des études.
C’est pour le leur rappeler que s’est constituée une plateforme des organisations étudiantes pour le respect de ce pacte, baptisée ResPACT (www.respact.be). Comment réduire le coût des études ? La tâche n’est pas simple en période de crise économique, avec pour possible conséquence une nouvelle contraction des budgets publics. Ici aussi la transversalité des politiques s’avère indispensable, en particulier pour ce qui concerne les transports publics ou le logement. Comme le souligne Mathias El Berhoumi, président de la FEF, « le nombre d’étudiants qui doivent demander une aide au CPAS a triplé en cinq ans. De plus en plus doivent recourir à un travail d’appoint, les budgets sociaux des universités ne suffisent plus pour permettre de réduire les coûts de logement, de supports de cours, voire pour un repas chaud par jour » (Le Soir du 23 avril 2009) C’est aussi très directement la Communauté française qui est mise au pied du mur, tant à cause de sa politique trop étriquée de bourses d’études que du plafonnement des budgets universitaires dans une enveloppe qui n’a plus été revue depuis 1994. Le Conseil des Recteurs francophones (CReF) s’est d’ailleurs associé aux organisations étudiantes pour revendiquer un net refinancement de ces deux postes budgétaires. Cette union sacrée est assez rare pour en souligner l’importance : un véritable cri d’alarme. Comme l’a souligné le recteur des Facultés universitaires Saint-Louis Jean-Paul Lambert, si l’on constate une réduction d’étudiants originaires des milieux populaires en seconde année, c’est souvent parce qu’ils ont dû réduire le temps d’étude en première année pour se consacrer à un job rémunérateur. D’où un cercle vicieux où l’enseignement n’est plus porteur d’égalité des chances et d’émancipation, mais au contraire d’inégalités. C’est insupportable et inacceptable. On se situe exactement à l’inverse du principe qui avait nourri tous les acteurs de la culture et de l’enseignement en Communauté française, à savoir la démocratie culturelle. C’est bien celle-ci qui est à reconstruire.
ÉTATS GÉNÉRAUX DE BRUXELLES, ‘NON PEUT-ÊTRE…’
Par admin | Publié dans Hebdo
25-26 avril 2009
Par Éric REMACLE
Etats-généraux, un terme qui fleure presque l’ancien français et dont on a perdu l’usage politique aujourd’hui. Pourtant quel symbole ! Au 16e siècle, ce sont des Staten-Generaal présidés par Guillaume d’Orange-Nassau qui portèrent la contestation des élites urbaines contre les lois imposées aux Pays-Bas (le Benelux actuel) par le roi d’Espagne et qui fuirent au nord suite à la répression pour y proclamer les Provinces-Unies, une république fédérale et d’inspiration démocratique (selon les standards de l’époque, c’est-à-dire oligarchique et masculine). En 1789, ce sont des Etats généraux réunis par le roi de France pour répondre à la colère sociale montante qui déboucheront sur le Serment du Jeu de Paume, la déclaration universelle des Droits de l’Homme et du Citoyen, la Révolution française.
En convoquant des Etats généraux de Bruxelles/Staten-Generaal van Brussel (concept traduit faute de mieux en anglais par ‘Citizens’ Forum of Brussels), plusieurs organisations de la société civile bruxelloise visaient elles aussi à provoquer en janvier dernier un électrochoc. Vingt ans après sa naissance, la Région de Bruxelles-Capitale est certes majeure, mais elle navigue difficilement entre trois écueils : l’indifférence des deux autres régions belges, le sous-financement et pire encore l’assoupissement. Or Bruxelles a plus que jamais besoin d’une vision, d’un projet pour l’avenir, elle qui abritera environ 150.000 habitants de plus à l’horizon 2020 si l’on en croit le Bureau du Plan.
C’est ce souffle que les organisations porteuses des Etats généraux ont voulu porter, en interpellant les candidats aux élections, à l’occasion de la clôture ce samedi d’un processus qui a vu s’organiser des dizaines de débats de qualité sur toutes les problématiques bruxelloises, et dans les deux langues de la Région. La dynamique fut riche, les conclusions prometteuses, en espérant un prolongement futur sous une forme à imaginer, une sorte de démocratie participative à la bruxelloise. Bien sûr, les Etats généraux n’ont pas réuni toutes les couches de la population bruxelloise. Les organisations immigrées, de femmes et de jeunes n’y avaient pas été invitées, ce qui ne passait pas inaperçu dans la sociologie des participants aux différentes sessions. En outre, le style ‘rassemblement des forces vives’ n’a pas que des avantages, il lisse les conflits d’intérêts et de philosophies pour privilégier les points de consensus – certains syndicalistes n’ont pas manqué de le souligner. Mais en mettant autour d’une table les organisations environnementales, culturelles, patronales et syndicales, ainsi que les trois universités bruxelloises (ULB, FUSL, VUB) et des associations de citoyens récemment créées telles Aula Magna, Manifesto et BruXselforum, et en construisant ensemble un véritable programme de travail pour la Région. C’est un début prometteur, une occasion à saisir pour développer la nouvelle identité d’une Bruxelles qui a changé énormément depuis la création de la région en 1989.
Une révolution tranquille bruxelloise ?
Il n’est pour s’en persuader que de prendre connaissance des principales conclusions des Etats généraux (disponibles sur www.etatsgenerauxdebruxelles.be) dont certaines s’apparentent à une révolution tranquille. Unanimité entre organisations sur l’octroi du droit de vote à tous les habitants de Bruxelles pour les élections régionales – le 7 juin prochain en effet seuls les Bruxellois de nationalité belge pourront voter, véritable exclusion politique de 30% des habitants de la région ! Unanimité également sur la nécessité de simplifier l’usine à gaz institutionnelle bruxelloise en transférant le maximum de compétences à la Région plutôt qu’aux commissions communautaires particulièrement complexes à articuler. Unanimité enfin, et corollaire du point précédent, pour en finir avec la subdivision des électeurs et des partis bruxellois entre francophones et néerlandophones, alors que des listes ‘tweetalig’ seraient envisageables pour peu que la minorité linguistique soit protégée par des dispositifs astucieux dont l’ingénierie institutionnelle belge a le secret.
Ces quelques éléments pour une nouvelle gouvernance bruxelloise impliquent aussi, pour les organisateurs des Etats généraux une fiscalité réaménagée permettant de bénéficier de ressources nouvelles pour une Région qui crée davantage de richesses qu’elle n’en reçoit. Deux pistes au moins : prélever l’impôt sur le lieu de travail (puisque des centaines de milliers de Flamands et Wallons travaillent chaque jour à Bruxelles mais n’y payent pas leurs impôts) et demander une contribution fiscale aux fonctionnaires européens en échange du droit de vote. Le financement de Bruxelles dans le contexte belge doit lui aussi être à la hauteur de la nature de poumon économique de la Région centrale du pays pour toute la Belgique.
‘Réussir la ville’ implique par ailleurs une réduction de la fracture sociale – 20% de chômeurs, probablement 25% à l’issue de l’actuelle crise économique ! – qui ne viendra que d’un accroissement des emplois de proximité, non délocalisables en quelque sorte, impliquant une nouvelle vision de la ville, des services de proximité, des contrats de quartier, de la mixité des fonctions urbaines. Réussir la ville, c’est aussi en faire vraiment la capitale de l’Europe, non par des projets pharaoniques non intégrés dans le tissu urbain, mais par une valorisation de toutes les dimensions internationales de Bruxelles, des milieux populaires immigrés aux fonctions de ville internationale de services. Une ville cosmopolite, lieu de rencontres et de dialogue interculturel, symbole en quelque sorte d’une Europe ouverte au monde, en d’autres termes une ‘Little Apple’ comme on dit de New York qu’elle est la ‘Big Apple’.
Comme grand atout, Bruxelles représente une ville de connaissance avec ses 75.000 étudiants du supérieur et ses 13.000 chercheurs et professeurs. Les universités ont d’ailleurs annoncé la création en commun d’un Brussels Studies Institute pour contribuer à la réflexion à long terme sur l’avenir de la ville-région. La jeunesse constitue un second atout et c’est largement à elle que les Etats généraux furent dédiés (même s’ils n’y furent malheureusement pas associés – un enseignement à tirer pour le futur). Miser sur les jeunes qui constituent le principal potentiel de la Région, ne pas créer une nouvelle génération sacrifiée, investir dans une éducation de qualité furent autant de leitmotiv de cette vision d’avenir.
Le véritable ‘city boom’ auquel Bruxelles doit se préparer (répétons-le 150.000 nouveaux habitants d’ici 2020 alors que les frontières de la région sont verrouillés par les complexes accords constitutionnels belgo-belges) constitue le défi de la prochaine génération et l’on doit le préparer maintenant. Pour y parvenir, un mot-clé : faire de Bruxelles une ville durable. A Ecolo-Groan !, on dirait : la capitale du développement durable. Une nouvelle vision de la ville doit émerger sous forme d’un Plan de développement régional (PRD) audacieux et intégré. Ce n’est pas impossible : après tout le Paris intra muros comprend 2 millions d’habitants avec une superficie plus petite que celle des 19 communes bruxelloises. Une ville plus compacte reste donc parfaitement imaginable mais implique de penser dans la longue durée un nouveau projet de ville comme celui que les fondateurs de la Région mirent sur place en 1989, mais adapté aux défis de l’horizon 2020. Renforcer le logement et améliorer le cadre de vie, planifier les politiques urbaines, l’aménagement de l’espace, les transports publics, stimuler l’emploi à Bruxelles pour les Bruxellois, autant d’enjeux pour lesquels les Etats généraux nous incitent à la mobilisation générale. On vous le disait, une petite révolution tranquille.
LUTTER CONTRE LA RACISME, DE DURBAN AUX 19 COMMUNES…
Par admin | Publié dans Uncategorized
18-19 avril 2009
Par Éric REMACLE
Durban c’est, pour la ‘génération Mandela’ dont je fais partie, le symbole de la lutte contre l’apartheid sud-africain et pour la lutte contre le racisme et la ségrégation de façon plus générale. Dans les années 1980, nous luttions non seulement sur le plan international pour faire sortir Mandela de sa geôle sud-africaine, et pour abolir le régimes racistes de Rhodésie du Sud et de Namibie, mais aussi en Belgique pour l’octroi du droit de votes aux immigrés aux élections communales et pour la fin des politiques discriminatoires du bourgmestre de Schaerbeek de l’époque Roger Nols – le seul bourgmestre belge à avoir accueilli Jean-Marie Le Pen, triste privilège…
Avoir choisi Durban en 2001 pour la première conférence mondiale contre le racisme, ce pouvait être à nouveau le symbole fort d’une nouvelle étape dans la lutte contre les discriminations et le racisme. N’avons-nous pas en Belgique par exemple, comme dans plusieurs pays européens, obtenu enfin que les immigrés puissent voter aux élections communales (on attend qu’il en soit de même au plus vite pour les élections régionales – en tout cas c’est en ce sens qu’agissent les Ecolos bruxellois)… L’antiracisme ne s’est-il pas imposé de plus en plus comme norme internationale au sein des opinions publiques ces dernières années et trouvé sa confirmation dans l’entrée d’un métis à la Maison Blanche ? Certes la décolonisation des esprits n’est pas terminée, mais les tenants de l’épuration ethnique et de la supériorité de certains groupes humains sur d’autres ont perdu de leur superbe et sont sur la défensive face à un multiculturalisme de plus en plus affirmé sur tous les continents. Aujourd’hui la fin de l’esclavage et de la traité négrière sont célébrées comme moments-clés de l’histoire commune de l’humanité.
La déclaration de la conférence de l’ONU de Durban en 2001 a d’ailleurs confirmé ces tendances et le texte mérite d’être davantage diffusé qu’il ne l’est à ce jour. La déclaration de suivi présentée et adoptée à Genève cette semaine lors de la conférence dite de Durban-II constitue elle aussi un texte que tout humaniste signerait sans hésiter.
Malheureusement, tant à Durban en 2001 qu’à Genève en 2009, la lutte mondiale contre le racisme fut noyée dans des enjeux tout aussi cruciaux mais en partie différents : la question israélo-palestinienne (qui ne se limite pas à une lecture en termes de racisme, même si elle charrie sa part de discriminations), l’exigence de réparations pour les crimes du colonialisme par les pays africains, les demandes des pays musulmans de criminaliser le blasphème (qui relève de la liberté d’expression, non de l’appel à la haine raciale). Le président iranien a cherché à instrumentaliser les clivages au sein de la conférence pour consolider une alliance entre pays afro-asiatiques et musulmans lui permettant de renforcer sa propre assise internationale tout en répandant lui-même des propos antisémites et surtout négationnistes. Israël a usé et abusé de cette outrance iranienne pour convaincre un certain nombre d’alliés, Etats-Unis en tête, de quitter Durban-I et boycotter Durban-II, et éviter ainsi de répondre aux questions embarrassantes sur ses propres crimes. Tout en s’envoyant mutuellement les accusations de racisme à la tête, Iraniens et Israéliens ont instrumentalisé la lutte contre le racisme pour d’autres causes géopolitiques moins nobles et dont l’effet principal risque d’être une polarisation accrue sur les thèmes ‘civilisationnels’ tellement à la mode depuis le 11 septembre 2001 et tellement porteurs de clivages ravageurs dont profitent les plus intolérants – les plus récents exemples en étant constitués par la montée de l’islamophobie en Europe ou l’entrée de l’extrême-droite dans le gouvernement de Tel Aviv.
Malgré ces attaques répétées, l’esprit de Durban a pourtant tenu, comme l’ont souligné le secrétaire général de l’ONU Ban Ki-Moon et la Haut-Commissaire aux Droits de l’Homme Navanethem (Navy) Pillay, et le monde n’a pas à rougir de l’agenda de lutte contre le racisme sur lequel il s’est entendu cette semaine. Malheureusement, à force de se concentrer sur les gesticulations et les boycotts des uns et des autres – c’est-à-dire sur le médiatique au détriment du politique -, la presse internationale nous a désinformés et détournés de la question principale : la possibilité de renforcer une norme internationale de refus du racisme aussi impérative que celles de protection des droits humains et de lutte contre le génocide établies au lendemain de la Seconde Guerre mondiale.
Et si l’on parlait du racisme hic et nunc ?
Là où surtout les medias furent décevants, c’est dans la quasi absence de dossiers d’information sur le racisme et la lutte contre celui-ci en 2009, à travers le monde, de Durban aux 19 communes bruxelloises. Il y aurait pourtant matière à de superbes dossiers.
Prenez par exemple la question des sans papiers en Belgique. Certes, il ne s’agit pas de racisme institutionnalisé mais ‘simplement’ du refus gouvernemental de traiter avec humanité et conformément à l’accord de gouvernement les dizaines de milliers de dossiers de demandeurs d’asile en attente de papiers, la plupart disposant d’un travail et d’un revenu. Il s’agit de situations extrêmes menant les principaux intéressés, non pas pour a plupart des clandestins mais des personnes ayant déposé depuis des années leur dossier à l’Office des Etrangers, à se lancer dans des occupations d’églises ou d’universités, voire dans des grèves de la faim, pour attirer l’attention des pouvoirs publics sur leur détresse. Il s’agit surtout d’une politique menée dans toute l’Europe de fermeture du territoire européen. Sa pire illustration, la ‘directive retour’ de l’Union européenne, légalise les enfermements de demandeurs d’asile pour des périodes allant jusqu’à dix-huit mois, sous prétexte de sortir ainsi plusieurs pays européens d’un vide juridique qui conduisait à des situations pires encore… Lorsque les gouvernements des pays latino-américains ont critiqué cette directive, n’ai-je pas entendu un ami député européen (socialiste et espagnol au demeurant) affirmer que ces gouvernements n’avaient rien compris à la directive, et ensuite changer de sujet pour évoquer… les valeurs européennes et la promotion des droits humains (sic) ? Une Europe qui a transformé en une dizaine d’années le droit d’asile en politique de gestion des flux de demandeurs d’asile est-elle encore digne de porter le nom de la nymphe qui parcourait la Méditerranée sans entraves et a donné son nom à notre continent ?
Mais l’espoir n’est pas perdu puisque de son côté, le 2 avril dernier, le Parlement européen votait par 363 voix contre 227 et 64 abstentions le rapport Buitenweg (ça ne s’invente pas) favorable à la directive du Conseil des ministres contre la discrimination sur la base de l’origine dans l’accès aux biens et services. C’est bien la même Europe qui lutte contre les discriminations et qui adopte la ‘directive retour’…
Plus près de nous encore, dans ma chère commune d’Ixelles, un ancien bourgmestre, aujourd’hui échevin et député régional, le sieur Yves de Jonghe d’Ardoye décide de s’offrir en février dernier une publicité nauséabonde en amalgamant tous les musulmans à des terroristes intolérants. C’est ici que l’on peut parler de racisme islamophobe, quand on stigmatise abusivement tout un groupe en se référant à sa religion mais pour l’exclure en tant que groupe de citoyens d’origine étrangère. Dans ce cas, on a bien affaire à du racisme, car on va bien au-delà de la critique sereine et raisonnée, voire traduite en caricatures, de l’islam comme de toute autre religion. Et le dérapage d’Yves de Jonghe d’Ardoye est de ces dérapages bien contrôlés en période pré-électorale, dignes des saillies antisémites de Jean-Marie Le Pen. Faut-il vraiment s’en étonner si l’on se souvient que M. de Jonghe d’Ardoye est venu au libéralisme ixellois avec plusieurs transfuges de l’aile droite de l’ancien Parti social-chrétien, le fameux CEPIC proche à l’époque de l’extrême-droite ? Idéologiquement, rien ne rapproche cet homme du libéralisme humaniste d’un Louis Michel ou du centrisme social du FDF, et pourtant son parti n’a guère sanctionné ses propos. Le MR commet ici une erreur majeure car il a connu déjà au début des années 1980 de tels errements, avec des figures telles que Roger Nols et quelques autres. Surfer aujourd’hui sur la stigmatisation des musulmans (quelles que soient les controverses légitimes sur les intolérances justifiées par les religions) n’est finalement guère différent pour ces gens-là que de prôner il y a trente ans le rejet en bloc des immigrés. A l’époque il fallut des mobilisations pluralistes communales (le Front démocratique ixellois, Démocratie sans Frontières à Schaerbeek) pour créer d’autres rapports de forces, aujourd’hui les humanistes de tous partis font bloc plus naturellement mais il faut continuer à nettoyer les écuries d’Augias. On aimerait entendre davantage de rappels à l’ordre de personnes aussi respectables qu’Armand De Decker ou Didier Gosuin, peu suspects de démagogie raciste pour leur part.
Mais au-delà du cas particulier qui révèle une certaine dérive, il y a les multiples cas de racisme beaucoup plus généralisés et que révèlent tant les statistiques récentes européennes que belges. Au plan européen, c’est l’Agence des droits fondamentaux de l’Union européenne, basée à Vienne, qui nous apprend en 2009 que 37% des étrangers vivant en Europe se sont sentis victimes de discriminations l’an dernier. Parmi les communautés d’origines nord-africaine ou turque de Bruxelles ou d’Anvers c’est trois personnes sur quatre qui estiment répandue la discrimination sur la base de l’origine. Nombreuses sont les plaintes suite à des discriminations dans l’accès à l’embauche ou au logement, nombreuses les enquêtes sur les contrôles au faciès à l’entrée des boîtes de nuit, dans les lieux publics ou aux frontières internes à l’espace Schengen. Les rapports du Centre pour l’égalité des chances et la lutte contre le racisme constituent une mine d’informations sur ces plaintes et ces études (www.diversite.be). La Belgique peut s’enorgueillir d’avoir créé un tel Centre d’utilité publique. Rappelons-en le mandat fixé par la loi : « Le Centre a pour mission de promouvoir l’égalité des chances et de combattre toute forme de distinction, d’exclusion, de restriction ou de préférence fondée sur : une prétendue race, la couleur, l’ascendance, l’origine nationale ou ethnique; l’orientation sexuelle, l’état civil, la naissance, la fortune, l’âge, la conviction religieuse ou philosophique l’état de santé actuel ou futur, le handicap ou la caractéristique physique. (…) Le Centre a également pour mission de veiller au respect des droits fondamentaux des étrangers, d’éclairer les pouvoirs publics sur la nature et l’ampleur des flux migratoires et de développer la concertation et le dialogue avec tous les acteurs publics et privés concernés par les politiques d’accueil et d’intégration des immigrés. Le Centre est en outre chargé de stimuler la lutte contre la traite et le trafic des êtres humains ».
C’est par l’existence de telles institutions que se propage lentement mais sûrement la norme internationale contre le racisme. C’est par leur intermédiaire que se forge un nouveau rapport de forces et que la lutte contre le racisme peut progresser. Durban-II était l’occasion de saluer cette lutte et ces efforts. Voilà qui est fait.
VOUS AVEZ DIT NOUVEAU METRO ?
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11-12 avril 2009
Par Éric REMACLE
J’avais raté l’inauguration en fanfare du nouveau métro bruxellois le 4 avril dernier. Les semaines précédentes m’avaient comme tout usager quelque peu épuisé, vu la confusion engendrée par les tests sur le réseau, impliquant l’arrêt des panneaux de signalisation de la progression sur chaque ligne (c’est là que l’on s’aperçoit que ce service assez récent est apprécié de tous), le passage de rames qui ne s’arrêtent pas, les arrêts de la moitié des rames à Beekkant, l’inversion de sens d’une partie des lignes. Les usagers les plus habitués s’y perdaient (sans parler des pauvres touristes désemparés) mais tous prenaient leur mal en patience… Le marketing de la STIB-MIVB ne nous annonçait-il pas qu’avec le nouveau métro, les Bruxellois allaient bouger encore davantage et dans tous les sens ?
Parti en vacances à Chicago au moment où le peuple de la capitale découvrait son nouveau métro, j’avais plutôt placé à l’agenda de mes ‘vacances de Pâques’ le métro aérien de la grande ville des bords du Lac Michigan – lequel se voulait à l’origine le concurrent de celui de Paris, même s’il a un peu vieilli lui aussi. Bref il n’y a pas qu’à Bruxelles que le métro nous fasse bouger…qui l’eût cru ?
Toujours est-il que je me réjouissais de retour dans ma chère Bruxelles d’enfin ‘bouger’ moi aussi. Mais sans doute en est-il des nouveaux métros comme des nouvelles lessives, beaucoup de marketing pour un produit quasiment identique. Celles et ceux qui avaient pris la peine d’étudier le plan du nouveau réseau s’en doutaient un peu. Certes le bouclage de la liaison Simonis-Simonis sera apprécié, il permet par exemple aux Laekenois et Molenbeekois de faire plus aisément les courses au marché du Midi le dimanche. Il accélérera également le transport des supporters de football non bruxellois entre la gare du Midi et le Heysel. C’est en fait là la seule innovation réelle pour les usagers, qui transforme la station un peu biscornue de la gare de l’Ouest (deux ou trois étages à parcourir pour passer d’une ligne à l’autre !) en véritable nouveau point multi-modal de la capitale. Cette partie de Molenbeek renoue ainsi avec sa vieille histoire de carrefour de toutes les mobilités, celle des travailleurs, celle des marchandises, celle des services, celle des habitants. Pour le reste, les lignes de métro sont simplement modifiées pour s’adapter à cette nouvelle donne et l’axe Nord-Midi confirme sa probable transmutation prochaine en métro pur et simple.
Ruptures de charge, temps d’attente, marketing lamentable et baroque Beliris
Le réseau des bus et des trams s’était déjà transformé pour préparer les changements en question, en l’occurrence par une flopée de modifications des tracés et des numéros de lignes qui cachaient difficilement l’objectif principal : renoncer sans grand débat public à la politique antérieure des longs trajets en tram (pourtant en sites de plus en plus propres, donc relativement ponctuels – cfr. l’ancien 23 qui satisfaisait beaucoup de Bruxellois de toutes communes), et par conséquent raccourcir les trajets en accroissant les ruptures de charges et en rabattant le public vers le métro.
A coup sûr, les statistiques de fréquentation seront satisfaisantes, presque tout le monde doit prendre désormais au moins deux lignes au lieu d’une ! Sauf en nocturne où l’on a inventé de nouvelles lignes qui ne satisfont pas grand monde, si j’en crois mes amis forestois par exemple… Quant aux tests de portiques avant l’accès aux quais, annoncent-ils un métro à la parisienne où l’usager ne se sent pas davantage sécurisé mais en revanche soupçonné en permanence d’être un fraudeur en puissance ? Mieux vaudrait réduire les prix et accroître le nombre de groupes soutenus via la gratuité de l’abonnement (minimexés, chômeurs, VIPO, étudiants) plutôt que le coûteux système de caméras et d’équipes de gardiennage actuel. Quant aux conducteurs de la STIB, ils s’inquiètent de la nouvelle flexibilité introduite en stoemelinks dans leur fonction, puisqu’ils seront affectés à davantage de lignes en tournante.
Soyons clair, il ne s’agit pas ici de pratiquer le sport régional de l’éternelle critique de la STIB. J’ai plutôt tendance à défendre notre société régionale de transports publics et crains que le site anti-STIB créé sur Facebook soit l’initiative d’odieux partisans de la privatisation larvée qui surfent sur les mécontentements des usagers… Néanmoins l’affaire du nouveau métro semble une opération discutable à plusieurs égards.
Tout d’abord, cette absurde campagne de marketing est indigne d’un service public qui se respecte. Ce n’est malheureusement pas la première à la STIB : au début du changement de réseau, les abonnés avaient déjà reçu un pseudo-sondage dont les questions se déclinaient sur le mode « préférez-vous marcher quelques mètres pour passer d’un quai à l’autre du métro ou être bloqué une demi-heure dans le trafic avec votre bus ? ». L’usager n’est vraiment pas dupe et l’on doit protester contre ces tentatives de l’infantiliser comme si le service public n’était qu’une savonnette à lui ‘fourguer’ un maximum de fois par jour.
La campagne en question a surtout servi quelques éminences politiques certes très respectables de notre région, mais qui ne voulaient surtout pas manquer d’être sur la photo avec Sa Majesté. Un ministre-président PS, un bourgmestre de Molenbeek PS, un ministre régional SP.A, une présidente de Beliris (et vice-première fédérale) PS, ce n’est pas encore le parti unique mais ça commence à y ressembler. Deux mois avant les élections régionales, la ficelle est un peu grosse et ici aussi l’usager n’est pas dupe.
Beliris, parlons-en précisément. Pour les non-initiés rappelons que cette institution est très importante financièrement pour Bruxelles : elle résulte des accords de coopération entre le fédéral et la région pour apporter de l’argent frais pour les fonctions de Bruxelles liées à son statut de capitale (de la Belgique et de l’Europe). Sur le plan des principes, chérissons Beliris, qui représente l’approbation par toute la Belgique de la nécessité de reconnaître la spécificité de Bruxelles, bref un instrument de coopération très symbolique de la solidarité entre Belges. Mais, car il y a un mais ou plutôt deux ou trois, Beliris représente également une véritable usine à gaz institutionnelle et un gâteau que se partagent un peu trop d’appétits gourmands. Passons encore sur le choix pour présider cet organe de Laurette Onkelinx, vice-première fédérale et surtout candidate malheureuse au mayorat de Schaerbeek, qui s’offre ainsi un lot de consolation pour disposer des leviers financiers qui lui assurent une sorte de proconsulat de fait sur la région bruxelloise. La manœuvre est lourde et peu élégante et participe surtout des rapports de force au sein du PS, mais elle reste démocratique et reflète l’implication du fédéral dans la vie bruxelloise (quoiqu’on eût pu par exemple y placer le gouverneur de la région comme représentant du pouvoir fédéral plutôt que la vice-première ministre).
Mais ce qui inquiète davantage, c’est le fait que Beliris fonctionne dans une logique de ‘droits de tirage’ pour chaque commune bruxelloise. Dans un système régional déjà très fragmenté, utiliser les dix-neuf communes comme fondement d’une définition des besoins du développement local et régional, cela semble relativement aberrant. Que pourrait-il en résulter d’autre que du saupoudrage municipaliste, une prime aux baronnies de la politique locale (surtout PS et MR donc) et une source de revenus pour les promoteurs et bétonneurs bien connus de la capitale ? Le pire pour Bruxelles c’est bien que l’on en revienne à l’addition de dix-neuf baronnies, c’est précisément pour cela que nous avons créé la région de Bruxelles-Capitale il y a vingt ans déjà et, avec elle, un véritable projet de ville intégré.
L’autre raison de la création de la Région en 1989, c’était la volonté que les Bruxellois gèrent leur ville-région et non plus les autorités de la Belgique ou des deux régions voisines. Or là aussi le cofinancement par Beliris présente un risque sur le plan de la politique des transports publics dans notre capitale. C’est en particulier du côté du ministre-président flamand Kris Peeters que l’on entend la revendication : si l’argent vient des autres régions, les transports financés doivent servir d’abord à amener les navetteurs vers Bruxelles le matin et à les ramener vers leur domicile le soir. On voit d’avance ce que cela peut donner…et dans leur histoire les Bruxellois ont déjà donné ! Tant pour la STIB que pour le RER, Bruxelles ne peut se laisser gérer par les deux autres régions au service des seuls navetteurs. La Région est heureuse d’offrir des emplois à ces autres citoyens de notre pays et de les accueillir avec son sens réputé de l’hospitalité, mais sa politique de transports, elle doit d’abord la penser au service de ses habitants. Ne revenons pas vingt ans en arrière, als’t u blieft !
Une nouvelle vision de la mobilité pour 2009
Comment plutôt se projeter dans le futur ? En remettant sur le métier pour la législature 2009-2014 l’ensemble des modes de transport et de mobilité dans Bruxelles : métro, tram, bus, RER, vélo, voiture, car-sharing, sans oublier la protection des piétons. C’est d’autant plus important que l’on nous annonce un accroissement du nombre d’habitants de 15%, donc des besoins accrus en mobilité dans la ville (sans parler des navetteurs).
Le premier enjeu, c’est non pas d’augmenter les déplacements mais de les réduire car trop de gens passent trop de temps à aller de leur logement à leur travail (ou leur école) alors que cela coûte en temps, en argent et en pollution.
Pour celles et ceux qui doivent se déplacer, les transports doivent être conçus comme les plus fluides possible, en sites propres hors de la congestion du trafic, sans ruptures de charge aberrantes (ha ! mon cher tram 94…) et avec des fréquences dignes de ce nom. Le métro a sa fonction dans ce contexte, s’il privilégie les tronçons où la densité de population le justifie et où le RER ne passera pas, s’il ne sert pas à supprimer les lignes de tram et si l’on dissuade en parallèle l’usage de la route sur les mêmes axes. Ce sera évidemment très important pour des communes comme Uccle et Schaerbeek qui sont celles où l’on évoque une extension du métro.
Le RER représentera l’objectif prioritaire d’investissements dans la Région durant les dix prochaines années, et l’on doit sur ce plan insister pour que Beliris investisse dans les gares et haltes bruxelloises. Grâce au RER, le visage de Bruxelles peut s’en trouver révolutionné si la Région développe son projet de ville selon les besoins des habitants, avant de tenir compte des navetteurs qui doivent aussi en bénéficier.
En y ajoutant la sécurisation des piétons, une région cyclistes admis, la réduction de l’omniprésence de la voiture individuelle, la facilitation de la vie sans voiture, l’augmentation du transport de marchandises par eau et par rail, une attention accrue aux déplacements scolaires, une fiscalité adaptée, on peut repenser vraiment la mobilité à Bruxelles. C’est là le programme à long terme d’Ecolo-Bruxelles, cela fait moins marketing que le ‘nouveau métro’ mais à regarder de près, c’est bien plus durable.
LA REVOLUTION INACHEVEE DU PRINTEMPS 1989
Par admin | Publié dans Uncategorized
4-5 avril 2009
Par Eric REMACLE
C’était il y a vingt ans déjà, c’était hier pour beaucoup d’entre nous, tant l’histoire s’est accélérée au lendemain de nos vingt ans.
Le 5 avril 1989, la ‘Table Ronde’ réunissant les dirigeants communistes polonais et l’opposition rassemblée autour du syndicat indépendant Solidarnosc parvenait à un accord pour l’organisation deux mois plus tard d’élections partiellement libres. Le secrétaire général du PC de l’Union soviétique Mikhaïl Gorbatchev avait adoubé le compromis, cherchant lui-même à sortir le communisme soviétique de l’ornière d’un monopartisme qui empêchait le pays de se moderniser socialement, économiquement, technologiquement, et bien sûr politiquement. Bientôt, avec la victoire écrasante de Solidarnosc aux élections de juin, la Pologne constituerait le premier domino de révolutions démocratiques qui, en Hongrie ensuite, puis après l’écroulement du Mur de Berlin le 9 novembre, amènerait tous les pays d’Europe centrale à choisir la démocratie libérale et l’économie de marché comme voie d’une nouvelle modernisation, plus de quarante ans après la libération du fascisme et l’instauration des démocraties populaires.
Durant les prochaines semaines et les prochains mois, sans doute ces moments forts de l’histoire du siècle passé seront-ils célébrés à l’envi. Et pourtant, peut-on vraiment parler à ce propos de révolution ? Certes, les changements profonds du pouvoir et de la propriété en Europe centrale, puis dans une Union soviétique remplacée deux ans plus tard par quinze républiques indépendantes – dont la Russie – constituaient en soi une révolution interne (certains disaient à l’époque une ‘contre-révolution’) d’une ampleur considérable. L’adhésion à l’Union européenne et à l’OTAN en est apparue comme l’aboutissement des rêves d’une génération centre-européenne – ceux qui, comme moi, étaient nés vers 1960 – qui a voulu ce changement pour reconstruire une perspective d’avenir face à des régimes ossifiés qui ne proposaient plus rien d’autre que leur reconduction à l’identique au nom d’une rhétorique socialiste que les réalités concrètes (pénuries, répression, refus de tout nouveau mouvement social) contredisaient chaque jour.
Et pourtant, la révolution de 1989 est décidément bien inachevée aujourd’hui…
En Europe centrale tout d’abord où les contradictions sociales nées de la course effrénée vers le libéralisme économique et politique éclatent à l’occasion de la crise actuelle : la Lettonie au bord de l’implosion, la Hongrie en proie à la montée du nationalisme, la Roumanie quémandant un prêt colossal au FMI, elle dont le dernier dictateur Nicolae Ceaucescu se vantait d’avoir éradiqué l’endettement quitte à priver le pays d’électricité huit heures par jour…
L’Union européenne en est encore à chercher les formes de solidarités entre ses économies centrales elles-mêmes malmenées (Allemagne, France, Benelux, Grande-Bretagne) et ces jeunes Etats membres de la périphérie qui pensaient un peu naïvement que la croissance serait éternelle au pays du capitalisme réel. C’est seulement maintenant que commence sans doute pour eux le vrai chemin vers l’intégration, en espérant qu’ils réussissent à sortir du statut périphérique dans lequel leurs dirigeants les ont enfermés. Cela prendra du temps pour les peuples d’Europe centrale de se réapproprier le sens de leur révolution de 1989 et de sortir du syndrome de la défiscalisation compétitive, des niches néo-capitalistes et du libéralisme à la sauce Bolkestein. Peut-être le récent renversement du gouvernement tchèque par le centre-gauche annonce-t-il le début d’un nouveau cycle ? On peut le souhaiter car c’est la condition de toute relance du projet européen lui-même.
Mais 1989 ne marquait pas l’espoir d’une révolution seulement dans cette partie de l’Europe. Pour notre génération – pour nous qui construisions les nouveaux mouvements pacifistes et écologistes en Europe de l’ouest et aidions par la gauche les dissidents des pays socialistes -,
deux autres révolutions étaient attendues et ne se sont toujours pas concrétisées.
Démocratisation des relations internationales et du projet européen
La première était le projet de relations internationales démocratisées, c’est-à-dire où les peuples jouissent d’une plus grande égalité sans interférence de blocs militaires ‘envahissants’ (dans tous les sens du terme). Alors que nos amis à l’est luttaient contre la répression des régimes communistes, nous nous opposions pour notre part à l’hégémonie économique et politique des Etats-Unis de Ronald Reagan qui soutenait les dictatures latino-américaines, organisait petit à petit la dérégulation de l’économie mondiale, engageait le monde dans une folle course aux armements, théorisait la guerre nucléaire limitée à l’Europe, bombardait la Libye accusée de terrorisme, envoyait Saddam Hussein envahir l’Iran pour le compte de l’occident. La fin de la guerre froide devait représenter aussi la fin de cet occident arrogant que n’ont pas connu les plus jeunes … mais avec George W. Bush, ils en vécurent la cruelle piqûre de rappel.
Or le vrai enjeu de 1989, c’est bien celui-là : non seulement des régimes plus démocratiques à l’intérieur, mais aussi des relations internationales démocratisées où chaque peuple pourrait davantage exprimer ses aspirations et ses intérêts, comme trente ans plus tôt la décolonisation en avait manifesté le projet. Le concentré de ce rêve si fou et si sage à la fois, c’était non pas l’arrivée en 1989 de Solidarnosc au pouvoir en Pologne, mais bien davantage la libération en 1990 de Nelson Mandela, le plus vieux prisonnier politique d’Afrique, de sa prison de Robben Island et son élection ensuite à la présidence de l’Afrique du Sud, marque définitive de la fin du régime odieux d’apartheid.
Démocratiser les relations internationales, quel extraordinaire projet, dont au fond la philosophie a été reprise par ces jeunes Américains qui votèrent Obama en 2008, par ces foules considérables qui refusèrent la guerre d’Irak en 2003.
Mais pourquoi donc nous sommes-nous arrêtés en si bon chemin après 1989 ? Pourquoi les pays occidentaux et l’Alliance atlantique qui les rassemble décidèrent-ils qu’ils avaient tout simplement ‘gagné’ la guerre froide et imposèrent-ils un ordre international pas démocratique du tout mais au contraire fondé sur la domination des forts sur les faibles ? Il reste à retrouver les voies d’un projet d’émancipation à l’échelle mondiale, ce qui implique une nouvelle fois de sortir de l’emprise des blocs militaires, y compris en Europe. Le projet d’un bouclier spatial américain, tout comme celui du retour de la France dans l’OTAN, se situent de ce point de vue à contre-courant de l’histoire. Si les pays occidentaux ne cherchaient pas à tout prix à maintenir une hégémonie politique et économique, cette organisation devrait au contraire se préparer à la retraite, elle qui fêtera ses 60 ans le 4 avril prochain. En se projetant vers l’Afghanistan et le cœur de l’Asie, et en associant des pays tels que le Japon, l’Australie, la Corée du Sud, la Nouvelle-Zélande et Israël au travers de ‘partenariats globaux’, elle ne fait que prolonger un ordre du monde qui tente de préserver la centralité de l’occident et de ses intérêts économiques. Le président Obama, dont l’élection a représenté symboliquement un nouveau centre de gravité possible dans un monde de plus en plus multipolaire, n’a pas encore pris toute la mesure de ce défi : poursuivre la démocratisation des relations internationales – ce qui n’a rien à voir avec l’exportation brutale d’une pseudo-démocratie prônée par son prédécesseur.
C’est sur ce point qu’in fine l’histoire jugera son action – d’Afghanistan en Palestine, d’Amérique latine aux négociations sur le changement climatique. Un tel projet impliquerait assurément la fermeture des bases américaines et occidentales dans le monde, le retrait des armes nucléaires des pays qui n’en sont pas possesseurs et la préparation d’un monde qui se débarrasse des armes nucléaires et s’engage dans d’autres agendas de réduction des autres systèmes d’armes, l’acceptation du poids des acteurs internationaux émergents, la signature du protocole de Kyoto et du statut de la Cour pénale internationale par les Etats-Unis, la mise en veilleuse des alliances occidentales héritées du siècle passé pour construire de nouvelles organisations régionales à l’image du 21ème siècle. Ce serait là reprendre le fil de la révolution inachevée de 1989. De même que celle-ci avait débuté par le sage retrait soviétique d’Afghanistan après neuf ans de guerre inutile, la révolution internationale d’aujourd’hui nécessiterait elle aussi un retrait de l’OTAN de ce même pays, huit ans après une guerre dont le sens s’est évanoui rapidement.
Il est une seconde révolution qui mérite elle aussi d’être remise en mouvement, celle qu’annonçait Mikhail Gorbatchev lors de son discours de Strasbourg en juillet 1989 : l’édification d’une ‘maison commune européenne’, réplique dans notre région du plus vaste projet de démocratisation des relations internationales qu’il appelait de ses vœux. Certes le projet d’une Europe autonome et unifiée a progressé, les organisations européennes (Conseil de l’Europe, Union européenne, OSCE) ont étendu leur action sur tout le continent voire au-delà. Mais la légitimité du projet européen se révèle en panne, comme l’ont montré les référendums successifs en France, aux Pays-Bas et en Irlande depuis 2005. Ce n’est pas la décision des chefs d’Etat de reconduire le conservateur José Manuel Barroso à la tête de la Commission européenne avant même les élections européennes qui améliorera la confiance des citoyens dans cette Europe-là.
Quant à la place de la Russie dans cette ‘maison commune’, elle suscite l’hostilité de plusieurs pays centre-européens. Ici aussi, ce n’est pas par la militarisation et la confrontation que se résoudront les conflits d’intérêts. Sauf à considérer qu’une nouvelle fois, comme pendant les quarante-cinq ans de la guerre froide, le destin de l’Europe se jouera davantage à Washington qu’à Paris, Bruxelles ou Berlin… Les peuples européens n’y ont pas intérêt s’ils veulent influer sur leur destin.
C’est Gorbatchev déjà qui disait en 1989 aux étudiants de la Sorbonne que les révolutions de 1789 et de 1917, la libérale et la socialiste, constituaient les deux révolutions inachevées de notre histoire européenne commune. Sans doute y ajouterait-il aujourd’hui la révolution écologique dont il fut l’un des tout premiers chefs d’Etats européens à prendre conscience – au prix du drame de Tchernobyl. Sans doute serait-il temps aujourd’hui d’ajouter à la liste la révolution inachevée de 1989, celle de l’espoir d’un monde et d’une Europe libérés de l’emprise des blocs et des logiques de domination impériale. D’une Europe et d’un monde qui acceptent enfin d’entrer dans l’ère de la multipolarité, du multilatéralisme et du développement durable.
TROIS URGENCES !
Par admin | Publié dans FrontPage
M’ont convaincu d’être candidat sur la liste Ecolo. L’urgence sociale d’abord, due à la crise économique actuelle, qui va faire bondir une nouvelle fois le nombre de chômeurs, de sans abris, de pauvres dans notre région.
L’urgence écologique ensuite, que tout le monde comprend aujourd’hui avec le changement climatique et qui touche bon nombre de questions de la vie quotidienne dans une grande ville comme la nôtre. L’urgence pour Bruxelles-ville-région enfin, tant il est évident que, dans le grand marchandage institutionnel sur la Belgique de demain, ce sont les Bruxellois et leur Région qui ont le plus à gagner ou à perdre.
Je ne suis pas membre de ce parti mais c’est aujourd’hui celui qui est à la fois le plus visionnaire et le plus concret pour Bruxelles, la Belgique et l’Europe. Ecolo, c’est à la fois les pieds sur terre et la tête dans les étoiles. Nous avons tout simplement besoin de plus d’écologie politique au parlement, au gouvernement, dans toute la société.
Mes engagements sont ceux d’un citoyen bruxellois dont le parcours s’inscrit dans une tradition de gauche ‘arc-en-ciel’. Justice sociale, émancipation, égalité, paix, coexistence, respect sont les mots-clés de cet engagement. C’est pour en porter témoignage et aider à la victoire du programme d’Ecolo que j’ai accepté de figurer à la 70e position de la liste n° 10 pour le Parlement de la Région de Bruxelles-Capitale le 7 juin prochain.



