STIGMATES

15-16 mai 2010

Par Eric Remacle

Le 15 mai est cette année la date de la marche des fiertés LGBT, mais plus largement de toutes celles et ceux qui cherchent à accroître la liberté de toutes et tous à vivre la sexualité de leur choix. Pride4 Every1, « fierté pour chacun-e » est l’anglicisme (bilinguisme belge oblige) qui tente de traduire à Bruxelles cette revendication d’individuation des droits. A Paris, on dit désormais « marche des fiertés », à Montréal « divers-cité », mais à Moscou on dit encore « gay pride » puisqu’elle est interdite et qu’il s’agit encore d’un combat pour la reconnaissance.

La stigmatisation reste la question principale à laquelle les homosexuels, bi et transgenres font face, d’où le choix du 17 mai comme journée mondiale de lutte contre l’homophobie.

C’est que les stéréotypes ont la vie dure et constituent le premier stade de la discrimination, le plus difficile d’ailleurs à éradiquer.

Sexistes et binaires, ils touchent les femmes, les gays et lesbiennes, les bisexuels, les transgenres, tout comme dans d’autres registres ils se sont attaqués aux noirs ou aux beurs.

L’égalité et l’individuation des droits impliquent de s’attacher à tout moment à de nouveaux enjeux. L’un de ceux-ci porte sur ce que l’on appelle désormais les « genres fluides » et les « intersexes » qui échappent à la division stricte des genres entre hommes et femmes.

Même parmi les politiques convaincus de l’importance de la lutte contre l’homophobie, certains éprouvent encore des réticences à reconnaître la complexité de l’identité de genre et le caractère réducteur de la binarité biologique visant à séparer l’humanité en deux groupes sexués différents.

Une loi fédérale a été adoptée pour encadrer les changements de sexe mais elle impose de très lourdes démarches administratives et médicales aux transexuel-le-s. Une évaluation rapide de ce nouveau dispositif s’impose, en dialogue avec les acteurs de terrain. Les règles actuelles imposent l’intervention d’une équipe multidisciplinaire et le suivi d’étapes médicalisées et lourdes très standardisées.

Ce sont pourtant avant tout l’acceptation des parcours et choix individuels et la simplification des démarches administratives qui doivent primer en la matière. Un changement de prénom ne devrait pas, par exemple, exiger de critère médical ou psychiatrique, tout comme le choix de la mention du sexe sur les documents officiels et l’accès à l’adoption et à la procréation médialement assistée. Dans le domaine du sport, il est obligatoire de se déclarer d’un sexe ou de l’autre et cela peut coûter cher de se situer sur le fil.

Après la lutte contre les stéréotypes sexistes, racistes, homophobes, voici le moment venu de se pencher sur les stéréotypes transphobes. Comme on l’a compris en lisant les lignes ci-dessus, ils sont présents dans des politiques aussi essentielles pour le citoyen que le sport, la santé ou l’état civil.

Ce n’est pas la seule thématique à l’ordre du jour de la marche des fiertés 2010. Des lacunes existent encore dans notre législation belge, notamment en matière d’homoparentalité. Le congé de « paternité » (10 jours de congé après l’accouchement) n’est pas encore ouvert aux conjointes des jeunes mères dans un couple de même sexe. Seules la Wallonie et la Communauté française viennent d’attribuer ce droit à leurs travailleurs à l’initiative du Ministre de la Fonction publique, l’ECOLO Jean-Marc Nollet. Puisse son initiative faire tache d’huile. Par ailleurs, des discriminations existent encore tant pour les couples de femmes ayant recours à la procréation médicalement assistée que pour les candidats à l’adoption internationale. L’extension des droits ouvre de nouvelles questions inédites et le législateur doit combler au plus vite ces vides juridiques.

Le niveau européen est aussi en cause à la veille de la Présidence belge de l’UE.

Une nouvelle directive européenne concernant la lutte contre la discrimination a en effet été proposée en juillet 2008 par la Commission européenne. Elle est en cours de négociation. Elle est très importante car elle vise à protéger les personnes, contre les discriminations notamment dans l’enseignement, dans l’accès aux biens et services ou aux soins de santé. Bien que la proposition soit soutenue par le Parlement européen, le Conseil tarde à l’adopter. Si la décision est adoptée, tous les Etats membres devront modifier leur législation et s’attaquer à la discrimination, dans tous les domaines et pas uniquement dans le domaine professionnel. La Belgique a choisi de soutenir le texte (en allongeant les délais de mise en œuvre), mais beaucoup d’Etats membres s’y opposent encore. Au-delà de ce dossier, la directive de 2004 relative à l’égalité de traitement entre les femmes et les hommes mériterait à son tour une révision pour y intégrer la protection contre la discrimination en matière d’identités de genres.

La Présidence belge sera-t-elle à la hauteur de cette responsabilité ?

Eric Remacle

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