JEUNESSE-ENSEIGNEMENT : UNE QUESTION DE ResPACT

JEUNESSE-ENSEIGNEMENT : UNE QUESTION DE ResPACT

2-3 mai 2009

Par Éric Remacle

‘La grandeur d’une civilisation se mesure à sa capacité à écouter sa jeunesse’, disait un philosophe. La phrase résonne avec d’autant plus d’actualité que le siècle qui s’ouvre voit la jeune génération confrontée à une crise globale : environnementale, financière, sociale, culturelle.

Ceux qui sont nés au siècle précédent ont pour responsabilité d’entendre les demandes face à cette crise, de tracer des pistes pour opérer les transformations qui répondront à la crise et mobiliseront les générations futures. C’est évidemment le sens du ‘New Deal’ vert proposé par Ecolo à l’occasion du 1er mai. La date en soi mérite le détour : elle invite à penser le développement durable comme nouveau chantier des luttes sociales, à mettre en place l’alliance de tous les producteurs, travailleurs intellectuels et manuels ou créateurs d’entreprises, des consommateurs, des forces de la culture et de la jeunesse, pour un nouveau contrat social. Chaque demi-siècle a vu, en raison de profonds changements socio-économiques, des luttes sociales mener à un tel contrat de société : autour de la démocratie représentative et de l’Etat de droit au début du siècle dernier ; autour de la sécurité sociale et de l’intervention de l’Etat dans l’économie après 1945 ; et aujourd’hui autour d’un développement durable créateur d’emplois et porteur d’une émancipation pour tous.

L’enjeu de la jeunesse et de l’enseignement s’inscrit au cœur de ce projet de société du développement durable (voir www.ecoloj.be). Sur ce plan, les écologistes ne sont pas seuls. A lire le mémorandum envoyé aux partis politiques par le Conseil de la jeunesse d’expression française (www.cjef.be), ainsi que celui réalisé conjointement avec les conseils de la jeunesse flamand et germanophone pour les élections européennes, on peut constater que la nécessité de penser le développement durable constitue le leitmotiv de la nouvelle génération. C’est un message qu’il faudra entendre et répercuter.

Comme le soulignait le vice-président du CJEF Geoffroy Carly dans un débat qui nous a récemment réunis à l’initiative d’ecolo j, une politique de la jeunesse, ce n’est pas seulement un catalogue de mesures ‘jeunes’ ou de recommandations relatives aux subsides destinés aux organisations de jeunesse. C’est bien plus que cela une réflexion transversale, dans tous les secteurs de la société et dans toutes les politiques de l’Etat (des Communautés, des Régions, de l’Europe), sur la manière de répondre aux questions et revendications des jeunes. Ce qui est en jeu, c’est le développement durable, mais aussi l’emploi, l’éducation, l’aide à la jeunesse, l’enfance, la culture, les organisations de jeunesse. Cette transversalité, c’est le moyen d’éviter quatre travers dans l’approche de la jeunesse. Celui, tout d’abord, de l’instrumentalisation des jeunes comme simple courroie de transmission des projets de tel ou tel ministre, tel ou tel parti. Ensuite, le confinement les jeunes dans un bac à sable, un ‘ghetto jeune’ où l’on s’entre-déchire pour quelques subsides sans porter de voix politique. En troisième lieu, la vision des jeunes comme purs consommateurs (un récent projet de ‘Carte Jeunes’ semble par exemple refléter une telle tendance). Et enfin celui – remis au goût du jour après le meurtre de Jo Van Holsbeek – d’une vision des jeunes comme menace pour la société, comme sauvageons turbulents à discipliner.

Or la jeunesse c’est d’abord un potentiel de transformations, de propositions, de projection dans l’avenir. C’est l’annonce de la société qui vient. Une société qui devrait être moins enserrée dans le carcan des piliers historiques de la Belgique (socialiste, catholique, libéral) qui conditionnent quasiment toute l’organisation de la société civile. Dé-pilariser la Wallonie et Bruxelles, cela peut permettre de redonner de l’oxygène à tous les niveaux, de stimuler de nouveaux projets. Mais à deux conditions : d’une part, que des moyens suffisants soient apportés ; d’autre part, que l’on ne casse pas purement et simplement ces extraordinaires outils de solidarité que sont les syndicats, les mutuelles, les organisations de femmes, de jeunesse, d’éducation permanente. Il faudra au contraire les repenser pour les adapter au nouveau siècle, les dynamiser, les fusionner parfois, leur redonner des couleurs tout en les décolorant des partis qui les ont trop instrumentalisés. C’est d’ailleurs ce qu’à sa manière le CJEF a tenté de concrétiser récemment en se transformant en une nouvelle organisation incluant à la fois des organisations, mais aussi des délégués jeunes élus, afin de décloisonner davantage les frontières entre organisations et de représenter mieux les ‘non-organisés’. En bref, le tissu social doit redevenir la propriété de la société civile elle-même, dans sa diversité.

C’est bien d’un projet émancipateur que nous avons besoin, d’un projet de refondation tourné vers l’avenir. Pour Ecolo, cela veut dire par exemple envisager sereinement la possibilité du droit de vote à seize ans, le développement d’une vraie démocratie participative à tous les niveaux, l’adoption de mesures permettant aux jeunes d’entrer dans la vie sociale et active telle la transformation du ‘stage d’attente’ non payé de l’ONEm en un premier emploi rémunéré par les Communautés et Régions dans une optique de service à la société. Et cela inclut aussi le renforcement des possibilités de mobilité à faible coût, l’accès au logement et l’accès aux études supérieures.

ResPACT

Les études supérieures coûtent en effet de plus en plus cher pour la nouvelle génération et, contrairement aux idées reçues, les 150.000 étudiants du supérieur sont loin d’être tous et toutes des enfants de familles aisées. Ce n’est en tout cas pas avec de tels stéréotypes que l’on ouvrira davantage les universités et les hautes écoles aux enfants des familles populaires ! Selon une enquête de la Fédération des étudiants francophones (www.fef.be) auprès de 5.000 étudiants en Communauté française, les études supérieures coûtent entre 6.000 et 10.000 EUR par an, selon que l’on soit ou non ‘kotteur’.

Or depuis 1983, la Belgique a ratifié le Pacte de New York sur les droits économiques, sociaux et culturels, dont l’article 13 insiste sur ‘l’accès à tous en pleine égalité’ à l’enseignement supérieur, notamment par ‘l’instauration progressive de la gratuité’. Nous en sommes bien loin et les nombreuses réunions des ministres de l’enseignement supérieur consacrées à l’harmonisation dite de Bologne se sont à foison penchées sur les cursus ou la mobilité, mais jamais sur le coût des études.

C’est pour le leur rappeler que s’est constituée une plateforme des organisations étudiantes pour le respect de ce pacte, baptisée ResPACT (www.respact.be). Comment réduire le coût des études ? La tâche n’est pas simple en période de crise économique, avec pour possible conséquence une nouvelle contraction des budgets publics. Ici aussi la transversalité des politiques s’avère indispensable, en particulier pour ce qui concerne les transports publics ou le logement. Comme le souligne Mathias El Berhoumi, président de la FEF, « le nombre d’étudiants qui doivent demander une aide au CPAS a triplé en cinq ans. De plus en plus doivent recourir à un travail d’appoint, les budgets sociaux des universités ne suffisent plus pour permettre de réduire les coûts de logement, de supports de cours, voire pour un repas chaud par jour » (Le Soir du 23 avril 2009) C’est aussi très directement la Communauté française qui est mise au pied du mur, tant à cause de sa politique trop étriquée de bourses d’études que du plafonnement des budgets universitaires dans une enveloppe qui n’a plus été revue depuis 1994. Le Conseil des Recteurs francophones (CReF) s’est d’ailleurs associé aux organisations étudiantes pour revendiquer un net refinancement de ces deux postes budgétaires. Cette union sacrée est assez rare pour en souligner l’importance : un véritable cri d’alarme. Comme l’a souligné le recteur des Facultés universitaires Saint-Louis Jean-Paul Lambert, si l’on constate une réduction d’étudiants originaires des milieux populaires en seconde année, c’est souvent parce qu’ils ont dû réduire le temps d’étude en première année pour se consacrer à un job rémunérateur. D’où un cercle vicieux où l’enseignement n’est plus porteur d’égalité des chances et d’émancipation, mais au contraire d’inégalités. C’est insupportable et inacceptable. On se situe exactement à l’inverse du principe qui avait nourri tous les acteurs de la culture et de l’enseignement en Communauté française, à savoir la démocratie culturelle. C’est bien celle-ci qui est à reconstruire.

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